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Mazet : une terre et des eaux
sans pollution

Rares sont les terres et les eaux libres de toute pollution par les nitrates ou les pesticides. Quelques havres demeurent cependant, comme le domaine de Mazet dans les Cévennes, dont les sols et les eaux ont été récemment analysés par le Laboratoire de géologie dépendant de l’Université de Strasbourg. A Mazet, Marie d’Hennezel cultive des plantes biologiques qui sont séchées naturellement sur des claies pour être consommées en tisanes ou dans des boissons nommées Tis’up, sous la marque Marie de Mazet.

Les terres et les eaux de Mazet ont été analysées en 2011 par le Laboratoire d’Hydrologie et de Géochimie de l’Ecole des Sciences de la terre de l’Université de Strasbourg. Et les résultats ont autant surpris les géologues que la gérante du domaine…

Le sol, lié à la dégradation du granite sous-jacent, est très riche en éléments dits métalliques ou oligo-éléments (vanadium, nickel, chrome, zinc, cuivre, cobalt, cadmium, plomb…). Ces sols sont dénués de toute pollution.

Les eaux de Mazet peuvent être qualifiées de tamponnées (rééquilibrées d’un point de vue chimique par la circulation dans les roches). Ce sont également des eaux douces (teneur en calcium inférieure à 63 mg/l), de faible teneur en magnésium (inférieure à 21,36 mg/l). La comparaison de la composition chimique en éléments essentiels avec des eaux minérales connues montre que cette eau est proche de celle d’Evian. Il n’y a aucune pollution en nitrate ni de pollution en plomb ou en métaux (Cr, Ni, Cu, Zn…), ni en engrais phosphatés ou pesticides.

« Mazet est donc un site exceptionnel, conclut l’étude [1], notamment pour l’homme et la culture des plantes, grâce à une conjonction de facteurs importants : sa situation géologique, l’absence de pollution anthropique, les sols très minéralisés développés sur le granite, les eaux neutres à légèrement alcalines chargées en oligo-éléments, montrant qu’elles ont circulé dans les sédiments en surface et dans les fractures profondes du granite. »


"En dehors du strict respect des normes de l’agriculture biologique, j’applique une méthode particulière..."
Interview de Marie d’Hennezel, gérante du domaine de Mazet

Quelles sont pour vous les conséquences de cette étude ?
Les géologues eux-mêmes ont été surpris de ces résultats exceptionnels et moi bien sûr très heureuse. J’ai voulu compléter cette étude des eaux et des sols par une analyse de plantes qu’ils nourrissent. Comme je cultive les plantes médicinales selon les règles de l’agriculture biologique, ma production est contrôlée par Ecocert. Depuis 12 ans, Ecocert n’avait pas analysé un échantillon de mes plantes de façon approfondie - ces analyses n’étant réalisées qu’en cas de doute sérieux. J’ai cependant demandé qu’un échantillon de plantes soit étudié et, en octobre 2011, le contrôleur d’Ecocert a prélevé de la sauge : son analyse très complète a montré qu’il n’y avait absolument aucun élément toxique ni résidu de pesticide dans cette plante.

Les exploitations autour de Mazet sont-elles biologiques ? On sait que l’entourage d’une exploitation influence aussi ses pollutions…
Il y a peu d’exploitations biologiques autour de Mazet. Un voisin pratique l’agriculture raisonnée mais il produit peu. Il faut dire que Mazet est un domaine assez isolé, loin des sources de pollution. Mais éloignement ne signifie pas nécessairement absence de pollution : par exemple, des études réalisées sur le mont Lozère montrent que les pluies y sont acides car elles transportent des émissions de soufre et d’azote issues des grands centres industriels et urbains, même lointains. Ces particules se déposent sur les arbres et les sols et sont bien sûr nocives pour eux.

Depuis combien de temps les terres de Mazet sont-elles cultivées ?

J’ai commencé la culture des plantes médicinales biologiques en 1995. Auparavant, la propriété n’avait pas été cultivée depuis 50 ans. Autrefois, on y avait planté beaucoup de mûriers pour les vers à soie et quelques plantes vivrières. Quand j’ai commencé à cultiver, j’ai fait analyser les sols par un laboratoire allemand de cristallisation sensible. Il manquait de la matière organique pour des plantes médicinales mais les sols étaient assez équilibrés. Chaque année, nous ajoutons un compost que nous faisons nous-mêmes en automne : un mélange de végétaux broyés, de feuilles et bogues de châtaignes, de crottes de brebis fraîches (séchées pendant 3 ans). Nous ajoutons des micro-organismes et un peu de charbon de bois et laissons décomposer tout ce mélange pendant un an.

En 2005, des analyses ont montré que les sols étaient parfaitement équilibrés – mais nous n’avions pas analysé les pollutions.

Avez-vous une méthode particulière pour parvenir à ce résultat qui s’avère rare actuellement : aucune pollution des eaux ni des sols ?
En dehors du strict respect des normes de l’agriculture biologique, j’applique une méthode particulière qui peut vous surprendre : depuis presque 20 ans, je prie tous les jours dans mes champs, parfois accompagnée d’autres personnes. Je crois que la prière - en l’occurrence la prière chrétienne du rosaire - est une action qui a un impact parfois visible : elle est une émission d’énergie positive qui agit sur les hommes et leur environnement. Bien sûr, nous ne connaissons pas les modalités exactes de son action. Mais les résultats sont là !

Quelle est la production sur la propriété et comment est-elle distribuée ?
Nous cultivons 43 parcelles de 43 plantes différentes. Nous ramassons 1 tonne à 1,5 tonne de plantes fraîches par an. Les plantes séchées destinées aux tisanes sont vendues sous la marque Marie de Mazet dans les épiceries fines et certains magasins biologiques. Nous les vendons en vrac dans des sachets et sous forme de tisanes mélangées à des jus de fruits en bouteille, prêtes à boire : les Tis’up. En plus de ses vertus curatives, c’est une boisson rafraîchissante.

Il faut savoir que les plantes ne sont pas des remèdes de « bonne femme », comme on nous l’a fait croire, mais elles sont en réalité des remèdes de « buena fama », ce qui signifie : de bonne réputation. En Europe, les plantes ont malheureusement perdu leurs lettres de noblesse alors que 80 % de la population mondiale se soigne grâce à elles. La plupart de nos médicaments n’existeraient pas sans les plantes puisque beaucoup de leurs principes actifs en sont extraits. Mais la plante dans sa totalité est bien dosée sur le plan chimique pour ne pas provoquer de maladies iatrogènes.

Après un reportage de TF1 sur les plantes médicinales dans lequel j’ai été interviewée, j’ai reçu une avalanche d’appels de personnes qui voulaient venir visiter Mazet. Nous avons donc créé « Le jardin de Mazet », 2 km de sentiers qui courent entre les parcelles de plantes médicinales, ponctués de panneaux explicatifs. Nous avons beaucoup de retours positifs des promeneurs qui découvrent les vertus des plantes et font en outre une très belle balade dans les Cévennes.

Pour plus d’informations : visitez le site mariedemazet.com

Ces plantes exceptionnelles porteuses des oligo-éléments et de toutes les richesses de cette terre préservée servent aussi à élaborer les médicaments Sevene - portant le nom même de cette terre des Cévennes : sevenepharma.com

Le point de vue d’Hubert Whitechurch, géologue de l’Ecole des sciences de la Terre de l’Université de Strasbourg, qui a mené l’étude des sols et des eaux de Mazet

« Les lieux sans pollution sont rares mais pas totalement exceptionnels. Mazet est une terre retirée, dans un environnement où ne se pratique pas l’agriculture intensive. Dans l’Institut de recherche où je travaille à Strasbourg, un observatoire étudie la circulation des eaux depuis les sommets des Vosges jusqu’au Rhin - ce qu’on appelle un bassin versant. Des échantillons des eaux sont prélevés tous les 15 jours, en toutes saisons, depuis 10 ans. L’évolution de la composition des eaux est étudiée en fonction notamment des impacts du climat. En haut du bassin versant, au sommet des Vosges circulent aussi des eaux qui ne sont pas polluées.

La situation exceptionnelle de Mazet est due à cette absence d’agriculture intensive et à son socle géologique très particulier qui a une influence sur la composition de ses sols et celle des eaux. Les eaux utilisées pour arroser les cultures mêlent des eaux de profondeur - de 200 à 300 m - et des eaux qui ruissellent en surface après avoir traversé une couche de sédiments où elles se chargent en calcium, sulfates, sodium… Ce sont des eaux très équilibrées, en même temps minéralisées et dépourvues de nitrates. »

Notes

[1Etude réalisée par Hubert Whitechurch et Emilie Nodot de l’Institut de Géologie de l’Université de Strasbourg

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