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Des hommes et des plantes

lundi 16 mai 2011

Le séminaire « Hommes Plantes » a rassemblé pendant trois jours en Alsace des participants et intervenants tous passionnés par les multiples interactions entre l’homme et les plantes. Venus d’horizons très divers (éleveurs, jardiniers, chercheurs, botanistes, médecins, artistes…), ils ont partagé leurs pratiques et les ont enrichies dans cette transversalité. Pierre Dagallier, éleveur en Bourgogne et ex-président du Mouvement de Culture Biodynamique nous fait part de cette expérience novatrice menée par l‘association PEUV dont il est membre : Pour l’Emergence d’une Université du Vivant.

Qu’est-ce que l’Université du Vivant proposée par PEUV ?

Pierre Dagallier : PEUV signifie : Pour l’Emergence d’une Université du Vivant. Cette association est issue d’une réflexion sur la transmission de l’Institut Kepler, laboratoire spécialisé dans les études morphogénétiques, qui permettent de révéler l’aspect dynamique d’une substance. La nécessité d’une vision large, au-delà d’un labo, et qui prenne en compte divers courants de pensée pour appréhender le vivant s’est vite imposée. Depuis 2009, PEUV regroupe des personnes ou entités investies dans une approche respectueuse du vivant considéré dans sa globalité, et non de façon analytique et parcellaire. Cet intérêt est partagé par tous nos partenaires fondateurs : le Réseau Semences Paysannes, la Fédération Nationale d’agriculture biologique, Nature et Progrès, le Mouvement de l’Agriculture biodynamique, Biodiversité, Echanges et Diffusion d’Expériences (BEDE), le Groupe International d’Etudes Transdisciplinaires, l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique ainsi que des personnes physiques. L’association est financée par la Fondation pour le progrès de l’Homme Charles Léopold Mayer.

Actuellement, l’université du vivant n’est pas encore un lieu mais un projet, une intention. Nous avons d’abord créé une vraie relation de confiance entre tous les organismes fondateurs, partagé nos expériences, ce qui est le socle pour poser des actes. Un premier séminaire sur la relation Hommes Plantes s’est déroulé dans les locaux de l’INRA à Versailles en 2009 où sont intervenues des personnes de tous horizons sur ce sujet.

Après cette première rencontre assez réussie a été mis en place un projet « transversal » à toutes nos approches respectueuses du vivant, pour préfigurer la future université.

Comment se concrétise ce projet « transversal » ?

Il se décline en colloques, ateliers et séminaires. En octobre 2010, l’association Inf’OGM, qui décrypte l’actualité mondiale sur les biotechnologies a organisé un séminaire sur les nouvelles technologies appliquées au vivant. Un deuxième séminaire a réuni, avec le Réseau Semences Paysannes et la Fondation Sciences Citoyennes, des agriculteurs et des chercheurs en février 2011 sur les initiatives de « sélection participative » en cours : c’est la recherche expérimentale de semences intégrant à la fois les savoirs paysans et les apports scientifiques.

Le troisième événement vient de se dérouler en Alsace du 2 au 4 mai : la deuxième édition de notre séminaire sur la relation Hommes Plantes. Sous l’égide du Mouvement de l’agriculture biodynamique, ce séminaire a rassemblé des chercheurs, des jardiniers, des médecins, des herboristes, des enseignants… qui sont concernés par les plantes et travaillent avec elles sous des angles très différents. 40 personnes étaient présentes, dont 15 ont exposé leurs façon d’être et d’agir avec les plantes.

L’une des premières conclusions que je tire de ces trois jours très enrichissants est que jardinier, chercheur ou médecin, tous ceux qui travaillent avec les plantes sont dans une démarche participative avec elles : ils sont parties prenantes avec les plantes. Par exemple pour soigner, la connaissance des plantes demande une implication complète du praticien.

C’est la limite des méthodes scientifiques habituelles : l’homme ne peut rester simplement extérieur lorsqu’il observe le vivant, pour la connaissance duquel il doit développer un intérêt « empathique ».
Cela demande que l’homme fasse un acte de présence très forte.
En s’engageant dans ce mode de connaissance avec le vivant, on réalise que les plantes sont en soi, et on imprime sa marque sur elles ! Cela implique une responsabilité nouvelle.

Par exemple Pedro Ferrandiz, l’un des intervenants, travaille sur les échanges d’informations de type ondulatoire lors de la synthèse de protéines, la « génodique ». Les « protéodies », qui sont des séquences musicales, peuvent interagir avec les processus biologiques dans lesquels les protéines sont impliquées. Les applications pratiques mises en place dans l’agro-alimentaire pour prévenir les maladies des fruits, des légumes ou de la vigne et pour soutenir leur croissance touchent le cœur du vivant et interpellent sur les questions de responsabilité et d’éthique.

Comment parvenez-vous à faire travailler ensemble des personnes d’horizons si divers ? Que peuvent–elles retirer concrètement de ces échanges d’expériences ?

Nous avons essayé d’appliquer une méthodologie rigoureuse pour faciliter la communication entre tous les participants : 15 exposés de 10 mn sur la relation personnelle de l’intervenant avec le monde des plantes ; des échanges en petits groupes pour rechercher, à partir des interventions, des éléments transversaux, des idées et des concepts susceptibles de créer des liens entre les diverses approches du vivant présentées ; puis un world café : 4 ou 5 personnes débattent d’un sujet autour d’une table. A intervalles réguliers, les participants changent de table. Un hôte reste à la table et résume la conversation précédente aux nouveaux arrivés. Les conversations en cours sont alors « fécondées » avec les idées issues des précédentes. Les principales idées sont ensuite résumées et leur suivi soumis à discussion. Le processus est dynamique, le mouvement est dans la forme comme dans le vivant ! Les participants ont été heureux de cette façon de faire. Chacun a apporté sa pierre et il s’est tissé des liens importants entre les personnes présentes. Elles ont vraiment livré leur intimité, la limite entre professionnel et personnel n’existait pas : comme je le disais, travailler avec les plantes exige une forte implication.

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Tablées du world café

Nous avons tous nos réflexes habituels de juger ce que nous ne connaissons pas. Il est intéressant de confronter les approches en créant des liens de confiance. Personne n’a de réponse toute faite, nous sommes en chemin, sortons de notre bulle ! Les interrogations des uns font avancer les autres et tous créent ainsi une matière de connaissance qui n’existait pas auparavant. Nous espérons que ce partage, cette fusion d’énergies qui vont dans la même direction parviendront à créer une nouvelle force culturelle reconnue.

En tant qu’éleveur, vous êtes intervenu dans ce colloque pour exprimer votre expérience quotidienne de vie avec les plantes. Quels ont été les principaux axes de votre intervention ?

Je vis sur une ferme assez isolée, entourée de végétaux, champs et forêts, et j’ai parlé du fait que les plantes font toujours écho au-dedans de nous, éveillant des sentiments dont il est intéressant de prendre conscience car révélateurs de notre lien à l’espace et au temps.

Quand on croit cerner le monde végétal, qu’on se le remémore, il s’est déjà transformé ; il est toujours en mouvement et peut nous étonner à chaque instant : tout à coup, le cerisier que l’on pensait encore en léthargie hivernale est blanc de fleurs… Des forces d’émergence et d’épanouissement ou bien de vieillissement, de dépérissement sont là en permanence. On ne voit, à un instant donné, qu’une image fugace de la plante dont la totalité nous échappe, comme si elle appartenait à une autre dimension…

Le pissenlit est capable de soulever le goudron sur nos routes : il y a un paradoxe entre la fragilité, la délicatesse de l’apex d’une plante et sa capacité vigoureuse à être là, à exprimer sa puissance d’être, qui m’évoque une force irrésistible mais non violente...

J’ai aussi évoqué la pratique de la greffe, que j’aime exercer au printemps. La greffe est possible un bref moment dans l’année. Il faut alors être entièrement présent à cet acte qui demande beaucoup de précision. Quand il arrive, je suis pris dans une frénésie de collaboration avec la nature ! La greffe une fois exécutée, c’est l’attente, mi-impatiente, mi-inquiète, du verdict, qui appartient à la plante : le petit bourgeon se développe… ou alors la greffe n’a pas pris. Le greffon qui prend est le signal superbe d’une fructueuse collaboration…

Après ce séminaire Hommes Plantes, que va proposer PEUV ?

Deux autres séminaires sont en préparation. Le premier en octobre 2011 porté par Nature et Progrès, sur le thème : les normes et le vivant. Le processus de normalisation ne doit pas être une réification. Comment proposer par exemple des critères de qualité pour l’alimentation sans se limiter à des paramètres analytiques qui sont forcément réducteurs ? Cet atelier de travail et d’échanges de pratiques aidera à comprendre l’utilité et les risques des normes, comment elles sont construites, et comment poser de façon positive le concept de norme ?

Un colloque en décembre à Paris fera le tour d’horizon de différentes méthodes non analytiques, dites globales, qui sont des approches qualitatives du vivant : méthodes morphogénétiques (cristallisation sensible…), biotechniques (effets Kirlian, bioélectronique…), méthodes sensorielles, etc. Ces méthodes essaient d’appréhender l’aliment ou la plante d’une façon globale sans les disséquer : sont-elles des indicateurs de qualité ? Sont-elles fiables ? Le processus de transformation a-t-il respecté la vie qui est dans la plante ? Différents points de vue seront confrontés, avec en toile de fond la question de la frontière entre objectivité et subjectivité…

Le séminaire Hommes Plantes a été filmé et le DVD sera disponible en octobre 2011.

Plus d’information sur universite-du-vivant.org

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