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Du cerveau à Dieu

Plaidoyer d’un neuroscientifique
pour l’existence de l’âme

Intervenant au Troisième Colloque de la Fondation Denis Guichard (mars 2010), Mario Beauregard est chercheur en neurosciences à l’université de Montréal. Dans son livre Du cerveau à Dieu (éditions Guy Trédaniel, 2007), il traite des relations entre l’esprit et le cerveau et des conséquences de cette relation sur notre vision du monde. Puis il livre les résultats marquants des études qu’il a menées en neuro-imagerie sur les expériences mystiques de sœurs carmélites.

« Qu’est-ce que l’esprit ? » s’interroge en premier lieu Mario Beauregard. Les concepts tels que conscience, esprit et "soi" se recoupent. L’esprit est une pluralité de fonctions mentales reliées entre elles comme l’attention, la pensée, la raison, la mémoire et les émotions. L’esprit n’est pas une substance (une entité) mais plutôt un ensemble de processus et d’événements mentaux.

Le point de vue matérialiste qui, dit Mario Beauregard, est un dogme central des neurosciences, prétend que l’esprit est une illusion créée par le cerveau. Le biologiste Dean Hamer pense notamment que les humains, un « tas de réactions chimiques qui se baladent dans un sac », sont gouvernés par leur ADN. Mais des données indiquent que l‘esprit et le cerveau ne sont pas identiques, montre Mario Beauregard dans son livre. Des études prouvent que l’esprit agit sur le cerveau en tant que cause non-matérielle : grâce à cette approche, il est d’ailleurs possible d’améliorer certains troubles psychiatriques comme les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et les phobies.

L’esprit du patient lui permet de reprogrammer des circuits neuronaux dans son cerveau

En effet, TOC et phobies peuvent être soulagés de manière plus efficace si l’esprit des patients identifie et organise certains motifs cérébraux destructeurs chez eux. Il ne s’agit pas ici de déprécier le rôle des médicaments, des thérapies ou d’autres interventions utiles mais l’esprit se révèle finalement l’agent le plus efficace pour modifier le cerveau. Le problème central du TOC est que plus le patient effectue un comportement compulsif, plus ses neurones sont entraînés à le faire et plus les indicateurs du comportement se renforcent. Dans son cerveau, ce qui fut autrefois un simple sentier neuronal grossit lentement jusqu’à devenir une autoroute à douze voix dont le trafic assourdissant l’emporte sur le voisinage neuronal… Le défi est de la ramener au statut de sentier dans le cerveau. La neuroplasticité (la capacité des neurones à modifier leurs connexions et leurs influences) le permet. Le neuropsychiatre Jeffrey Schwartz (université de Californie) a élaboré une méthode en quatre étapes qui permet au patient de reprendre le contrôle des messages erronés issus de son cerveau. L’existence et le rôle de l’esprit comme étant indépendants du cerveau sont acceptés et, dans ce cas précis, sont la condition même du succès de la thérapie.

Les études scientifiques menées sur les expériences de mort imminente (NDE, Near Death Experiences) démontrent aussi que l’esprit ne s’identifie pas au cerveau : l’esprit et la conscience de ceux qui ont vécu des NDE perdurent au cours d’une période où leur cerveau est hors service et les critères cliniques de la mort sont atteints.

Etudes en neuro-imagerie des états mystiques

Ces premières constatations sur la nature de l’esprit humain introduisent les études réalisées par Mario Beauregard sur des expériences religieuses, spirituelles et/ou mystiques (ERSM). Sir Alister Hardy, de nationalité anglaise et zoologiste de formation, a été pionnier dans l’étude d’expériences religieuses ou transcendantes, qu’il a réunies et classifiées pour en étudier la nature et la fonction. Il a publié les résultats d’une enquête de huit années portant sur plus de 3000 descriptions d’expériences mystiques dans son ouvrage, paru en 1979, The Spiritual Nature of Man (La Nature spirituelle de l’homme).

En 2004, Mario Beauregard a mené une étude sur quinze religieuses carmélites en état de prière et d’union mystique. Elles ont accepté d’être scannographiées durant ces états par imagerie de résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et électroencéphalographie quantitative (EEGq), pour en apprendre davantage sur l’activité cérébrale pendant leurs expériences mystiques. Ces deux études de neuro-imagerie démontrent que l’expérience de l’union avec Dieu n’est pas seulement associée au lobe temporal : en d’autres termes, il n’y a pas un « point de Dieu » situé dans le lobe temporal du cerveau, comme le prétendent certains experts en neurosciences. En réalité, l’expérience mystique est implémentée par l’intervention d’un vaste circuit neuronal qui comprend les régions cérébrales impliquées dans l’attention, la représentation corporelle, l’imagerie visuelle, les émotions (aspects physiologiques et subjectifs) et la conscience de soi : cette observation suggère bien davantage un apprentissage authentique qu’une illusion et corrobore les descriptions des sujets des ERSM comme expériences complexes et multidimensionnelles. Les études ont également démontré de manière formelle que l’état mystique est différent de l’état émotionnel. L’abondance d’activité thêta* au cours de la condition mystique indique une altération marquée de la conscience des nonnes.

Mario Beauregard conclut en observant aujourd’hui dans le monde, après une période de matérialisme dogmatique, une tendance de l’évolution humaine vers une spiritualisation de la conscience. Le développement de ce type de conscience est absolument essentiel pour que l’humanité résolve les crises globales auxquelles elle fait face (destruction de la biosphère, contraste entre l’extrême pauvreté et l’extrême richesse…). Certes, les expériences spirituelles/mystiques sont influencées par la culture : un chrétien a peu de chances de faire une expérience spirituelle impliquant Brahman, figure de l’hindouisme. Mais certains aspects de l’expérience mystique transcendent nettement la culture : l’une de ses caractéristiques majeures est un état de connaissance, de discernement, d’attention, de révélation et d’illumination au-delà de ce que l’intellect peut saisir. Ces états transforment la vie de ceux qui les ont vécus dans le sens d’une plus grande générosité, d’une plus grande compassion et tolérance à l’égard d’autrui et de toute forme de vie.

*Les ondes cérébrales thêta correspondent à un état de très profonde relaxation. Elles sont reliées au subconscient, aux états d’inspiration créative et de conscience spirituelle.

Pour aller plus loin : les derniers axes de recherche de Mario Beauregard

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